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Lutumba Simaro s'en va, quel héritage culturel lègue-t-il ?

Maya, testament, eau bénite, faute ya commerçant, sont autant des oeuvres de Lutumba Simaro décédé ce samedi 30 mars à Paris à l'âge de 81 ans. Ce poète, génie de l'écriture et de la parole. Par sa plume il a bercé des générations, il a alimenté la musique Congolaise en sélectionnant les plus belles voix de la Rumba Congolaise pour interpréter ses chefs d'œuvres.

Le voilà qui entre dans le panthéon des immortels, des poètes et il a sa place dans le chœur des esprits les plus brillants qui ont marqué les époques par leurs musiques. 

Qui était il ? 

De son vivant, Lutumba Simaro Ndomanueno Masiya disait de lui même qu'il est : La bible, le pasteur, le dictionnaire, le tableau et le professeur. Sur sa personne il établissait souvent une citation : " Nabotama na suki elingaka nga té, Mino nazui na mokili ata ko eboyi nga nasala nini (comprenez: je suis né avec des cheveux qui ne veulent pas de moi. Et si les dents que j'ai trouvé dans le monde me quittaient que faire ? :ndlr) " Une citation qui interpelle et donne matière à réfléchir. Preuve d'une plume hors norme.

Guitariste talentueux et compositeur exceptionnel, l’ancien sociétaire du TP OK Jazz de Luambo Makiadi et leader du Groupe Bana OK était né le 19 mars 1938 à Kinshasa. C’est aussi le 19 mars 2018 dans la même ville qu’il a décidé de raccrocher définitivement avec l’art d’Orphée.

Il s’initie auprès de Kalonji, un guitariste congolais adepte du « zebola » (un possédé), un rythme et une danse des cérémonies d’exorcisme du peuple Nkundu de l’Equateur (Congo). En 1958, il débute professionnellement à la guitare rythmique dans l’Orchestre Micra Jazz. Un an plus tard, il rejoint le Congo Jazz de Gérard Madiata avec lequel il enregistre « Simarocca » un titre passé inaperçu. Il s’illustrera avec « Muana etike » et « Lisolo ya ndaku », deux compositions teintées de spiritualité.

Sa popularité naissante arrive bientôt aux oreilles de Franco & l’OK Jazz qu’il rejoint en 1961. Simaro Lutumba y apporte sa touche personnelle : une technique de guitare inspirée du zebola, de la rumba, du jazz et de l’afro-cubain et des chansons poétiques, éducatives et pleines de spiritualité. A la sortie de « Okokoma mokristo » (1969) et « Ma Hélé » (1970), deux chansons moralisatrices sur l’amour déçu, la stérilité et le divorce, les talents d’auteur, compositeur, guitariste et chanteur de cet intellectuel reconvertit dans la musique sont enfin reconnus par ses pairs.

S‘en suivent plusieurs morceaux écrits entre 1971 et 1973. Mais il faut attendre 1974 et la composition de « Mabele » (Ntoto) qui veut dire la terre, une rumba mélancolique aux variations jazz interprétée par Sam Mangwana, pour qu’il connaisse une réelle popularité. Mais ce franc succès provoque l’ire de Franco qui décrète, de peur qu’on lui fasse de l’ombre, de jouer uniquement ses propres compositions en concert. Les années de vache maigre de Simaro Lutumba prennent fin en 1984 avec la parution de « Maya », un album rumba / soukouss interprété par le jeune Carlito Lassa qui le remet aussitôt sur le devant de la scène.

En1986, il écrit « Cœur artificiel », un thème sur les relations humaines chanté en duo par Pépé Kallé et Carlyto Lassa. S’ensuit « Testament ya Bowule »

Il lègue à la musique congolaise, façon hors du commun de jouer la guitare (une dextérité qui deviendra classique), une plume sans tâche et loin de la dépravation des mœurs, un esprit de collaboration que scande beaucoup d'artistes en parlant de featiring. Il a pu démontrer comme ses pairs Kabasele Jeff, Franco et Rochereau que la musique est une transversale sur laquelle peut s'étaler tous les faits de société : joie, amour, paix, divorce, mort, paternité, spiritualité, etc.

Il est un monument de la musique Congolaise, un des derniers gardien du temple de la rumba qui vient de tirer sa révérence à Paris. 
Toute la rédaction de Sunrise RDC présente ses sincères à sa famille biologique et à tous les mélomanes congolais. 
Paix à son âme

Héros Dorea Kibambe
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