Politique

Procès 100 jours : le syndrome d'Hannibal a-t-il eu raison de Vital Kamerhe ?

Une fois de plus, Vital Kamerhe ne profitera pas de son succès politique suite à l'issue du procès dit de 100 jours. Le verdict de ce marathon judiciaire a finalement eu lieu ce samedi 20 juin et Kamerhe ne s'en est malheureusement pas sorti malgré ses efforts à nier les accusations du ministre public portées contre sa personne. Il a écopé de 20 années des travaux forcés et 10 ans de servitudes pénales, des amendes, la confiscation de ses biens immobiliers, gèle des comptes bancaires de sa femme Amida Chatur, sa belle fille Soraya Mpiana et son neveu Daniel Shangalume dit Massaro. Sans oublier de l'interdiction d'exercer les fonctions publiques et paraétatiques pour une période de 10 ans en plus de la privation de droits politiques dont le vote.

Pour le Tribunal de Grande instance de Kinshasa Gombe, Vital Kamerhe était en complicité avec le libannais Samih Jammal, Directeur Général de la Société Samibo qui devait intervenir dans le volet "érection des maisons fabriquées" du programme d'urgence du Chef de l'État, dit "Programme de 100 jours". Ensemble, ils auraient détourné plus de 48 millions de dollars américains alloués à ces travaux d'urgence. Ainsi, ils ont été reconnus coupables et devront purger chacun 20 ans des travaux forcés et 10 ans de servitudes pénales.

Le verdict est finalement là !

Ce verdict marque un tournant historique dans la politique congolaise mais aussi dans la carrière du probable "Ex-directeur de Cabinet du Chef de l'État". Une fois de plus, Vital Kamerhe aura concouru à une victoire politique dont il ne profitera que très peu. Très peu en tout cas. Très exactement une année et un mois environ, car nommé le 24 janvier 2019 et mis au gnouf depuis le 10 mars 2020. 


Pour ceux qui connaissent les méandres de la politique congolaise, Vital Kamerhe n'en est pas à sa première chute. Même si celle-ci semble être plus violente que les précédentes. Car, elle se termine par une mise aux verrous, une interdiction d'exercer un mandat public et un retrait du droit de vote de 10 ans après la purge de sa peine. 

On peut donc dire que le natif de Bukavu dans le Sud-Kivu, l'une des provinces de l'Est de la République démocratique du Congo est un habitué des coups durs. En 2006, après avoir porté magistralement l'ex-président Joseph Kabila au pouvoir comme Directeur de Campagne, Vital Kamerhe est nommé Président de l'Assemblée nationale au nom de son parti de l'époque le Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement (PPRD) mais tombe en disgrâce en 2009 et est contraint de démissionner le 25 mars de la même année. Il aura dirigé le premier Bureau de l'Assemblée nationale post-électorale durant très exactement 2 ans, 2 mois et 25 jours. 


VK se relancera avec son propre parti politique, l'Union pour la Nation Congolaise (UNC) une année plus tard soit en décembre 2010. Avec l'UNC, il va rejoindre l'opposition de l'époque portée par Tshisekedi père, Léon Kengo, etc. et tenter un retour vibrant sur la scène pour affronter les élections de 2011. Les deuxièmes de l'histoire du pays. 

Au cours de ce deuxième processus, Vital Kamerhe va devoir affronter celui qu'il a lui-même porté à la tête du pays 5 ans plus tôt. Mais pas seul. Avec plusieurs autres opposants dont le feu Étienne Tshisekedi Wa Mulumba. De retour après avoir boycotté avec son parti l'Union pour la démocratie et le progrès Social (UDPS) les premières élections de 2006. 


Comme toujours, VK va tenter un coup de maître. Réunir l'opposition au tour d'un candidat commun pour affronter Joseph Kabila. Mais un vrai défi s'oppose à lui, celui de convaincre le "Sphinx de Limete", "l'opposant historique" Étienne Tshisekedi.  On notera l'échec des négociations et un revers de l'opposition dispersée face au camp Kabila. Kamerhe termine 3è à la présidentielle de 2011 mais réussit à placer quelques députés à l'Assemblée nationale. 

Le Karma existe 

Après cet épisode, s'en suivit la période tumultueuse marquée par des accords politiques dont les concertations nationales, les arrangements particuliers et l'accord de la Saint Sylvestre entre autres. Tant bien que mal, VK a pu se repositionner et se créer une place dans l’opposition jusqu'à ce qu'intervienne la fin du mandat constitutionnel de Joseph Kabila. Toujours avec sa stratégie de front commun pour faire face à la Kabilie, il va réussir à réunir cette fois-ci autour de lui, les désormais grandes figures de l'opposition congolaise après le décès du “Lider maximo”. A savoir, Tshisekedi Fils, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Freddy Matungulu, Mbusa Nyamwisi et Adolphe Muzito contre le non encore connu "Dauphin de Kabila". 


Ils ont réussi formaliser leur union finalement sous l'égide de la fondation Koffi Anan à Genève en Suisse un certain 11 novembre 2018 pour soutenir un candidat unique qui devra représenter l’opposition aux scrutins de décembre de la même année. Dans leur acte d'engagement, Kamerhe et ses collègues jurent au nom de leurs carrières politiques respectives, d'aller jusqu'au bout main dans la main au risque de malédiction pour le reste de leurs vies. L'heureux élu au terme d'un système de vote non encore élucidé à ce jour, fut l'ECIDÉ Martin Fayulu derrière lequel tous devraient se ranger. 

Mais le soir même de ce 11 novembre 2018 aux multiples rebondissements, Kamerhe et Félix Tshisekedi font volte-face au nom de la base et créent Fatshi-Vit. Ainsi naquit  le Cap pour le Changement (CACH) puis son officialisation à Nairobi au Kenya le 24 novembre 2018. 

Dans leur deal, Fatshi et VK se conviennent de se soutenir mutuellement pour briguer la présidentielle de la même année prévue en décembre. Le premier se présentera et une fois élu, il devra nommer son collègue Chef du Gouvernement soit premier ministre. Et vice-versa pour la prochaine mandature prévue en 2023. 


Le syndrome d'Hannibal 

Les élections passées, Félix Tshisekedi est élu Président de la République mais avec une faible représentation au parlement. Situation qui va obliger le CACH à s'allier au FCC, regroupement de ses adversaires politiques d'autrefois qui ont décroché la majorité au parlement. Ce, pour privilégier la coalition à la cohabitation.  Conséquence logique, lui et son partenaire cèdent la Primature à leurs désormais nouveaux partenaires. En attendant la nomination d'un premier ministre issu du FCC et son gouvernement, Tshisekedi nomme Vital Kamerhe son directeur de cabinet le 24 janvier 2019 soit au lendemain de son élection. Un poste stratégique qui permet à VK de rester aux côtés de son partenaire et de conserver son prestige de l'une des personnalités les plus influentes du pays. 

C'est à ce positionnement que se tiendra celui que les congolais ont surnommé "le Pacificateur". L'homme à tout faire de Fatshi malgré les multiples soupçons de corruption et de détournement qui ont frappé la Présidence de la République dont le dossier "15 millions" et les soupçons de détournement présumé des fonds alloués aux travaux publics du programme d'urgence du Chef de l'État dit les 100 jours, entre autres. 

Le retard qu'a connu ce programme sera même à la base de la Saga judiciaire durant laquelle les congolais vont assister à des interpellations et audition par le parquet général de plusieurs hautes personnalités du pays dont le DG de la Rawbank, de l'Office des routes, de Sococ, le ministre John Ntumba, et bien d'autres. Vital Kamerhe n'en sera pas non plus épargné au regard du rôle qu'il a joué dans la supervision de ces travaux. 


En dépit de ses arrangements avec Félix Tshisekedi, Kamerhe était obligé de répondre à l'appel de la justice version État de droit. Reconnu coupable, désormais, il reste en prison en attendant mais perd ses droits de vote et d'éligibilité pour les 10 prochaines années après qu’il aura purgé sa peine. Impossible donc pour son partenaire de rester dans l'accord étant donné que son coéquipier est mis hors-jeu pour les échéances à venir. En d’autres termes, Fatshi ne peut plus soutenir un inéligible. C’est un fait !  

Ceci nous pousse à conclure qu’une fois de plus, Kamerhe le faiseur des rois comme aiment bien l’appeler ses sympathisants, aura combattu pour ne pas vraiment profiter de son succès. Un peu à l'image d'Hannibal, ce général Carthaginois qui gagnait des batailles grâce à ses tactiques militaires sans profiter de leurs succès. 

Bahati Kasindi.

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