Editorial

37 ans de lutte pour 23 ministères ?

La coalition au pouvoir a parachevé ses pourparlers internes en vue de la formation du prochain gouvernement devant assister le nouveau président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi durant son mandat. Les deux plateformes à savoir FCC et CACH, en avaient conjointement fait une annonce devant la presse très tard dans la nuit du lundi 29 à mardi 30 juillet 2019.

Les chefs de deux délégations qui menaient ces négociations, Néhémie Mwilanya pour le Front commun pour le Congo (FCC) et Jean-Marc Kabund pour le Cap pour le Changement (CACH) avaient après l'annonce, remis officiellement les résolutions de leurs négociations qui ont duré plus de 5 mois, entre les mains du Premier ministre, Ilunga Ilunkamba. Comme pour lui dire que désormais, " la balle est dans votre camp". 

Bien sûr que la balle est dans son camp. À lui de jouer. Les deux partenaires lui ont donné toutes les cartes. Déjà truqués ? Peut-être car eux-mêmes savent qui occupera quel poste mais aussi quel ministère pour quel plateforme. 

Ainsi, tous les yeux sont braqués sur celui dont le  CACH et le FCC ont intentionnellement dicté leur propre volonté, au lieu de le faire d'eux-mêmes : ndlr. Sans se soucier de celle de la population de qui ils ont le mandat. On est tenté de dire ici "mandat obtenu après lui avoir menti avec des promesses qui s'avèrent finalement irréalisables compte des accords". 

Ventre d'abord ou peuple d'abord ?

Car bien avant cela, le peuple, puisqu'on lui a signifié qu'une fois aux affaires, il s'agira de lui d'abord, a prêté main forte à ce mouvement qui n'avait commencé qu'avec 13 personnes, les 13 parlementaires. Au fil des ans, le peuple ne recula pas. Certains de ses membres y laisseront même leurs vies dans le seul but de garantir à la postérité une autonomie dans la gestion de leur bien commun, le Congo. Rossy Tshimanga, Mamadou Ndala, Luc Nkulula, Mzee Laurent Désiré Kabila, plusieurs autres anonymes pour n'en citer que ceux-là. 

Aujourd'hui, le moment étant venu de savoureux les fruits de leurs efforts, les choses prennent une autre tournure. Sur les tables de négociations, les intérêts privés passent avant tout. Les envoyés de la population à ces négociations, puisque l'heure de la prise du pouvoir par des armes étant révolue, ont montré à la face du monde, ce à quoi ils tiennent : "le ventre d'abord, et le peuple après". 

Cela se justifie par les types d'armes (ministères ou institutions pour lesquelles ils ont passé près d'un semestre à négocier : ndlr) que le parti ou le regroupement à la tête du pays devra utiliser pour gérer. Mener la mission dont  le seul et unique but est d'instaurer "un vent nouveau" qu'attend le peuple depuis des lustres. Exemple, il leur est impossible de doter le pays d'un nouvel organe judiciaire par exemple en référence au modèle vendu lors de la lutte et la campagne (état de droit). On a été obligé de prendre les mêmes et de recommencer. Les mêmes décriés. 

Le cas pour les ITPR, Finances, Plan, Portefeuille, Défense, les Mines, etc. voir la fonction publique. S'il faut  espérer des nouvelles têtes ou nouvelles formes de gestion, il faut voir ailleurs. Dans l'artisanat, l'agriculture, la formation professionnelle, jeunesse sans les sports qui reviennent au FCC. 

En tout, le peuple aura combattu pendant tout ce temps pour 23 ministères. Car selon la clé de répartition des portefeuilles ministériels, il a été convenu (entre eux) de mettre en place un gouvernement budgétivore de 65 membres dont 42 reviendront à l'ex-régime. Et le reste pour les partisans du "le peuple d'abord". On ne dit pas que les 42 autres ne sont pas pour le peuple. Mais l'expérience nous a obligé à le croire ainsi. 

C'est la coalition nous diront les uns. La présidence que vous possédez, pèse plus que tout ceci, ajouteront les autres. Mais ils oublieront que c'est de la bonne gestion de ces ministères que nous pourront espérer un redressement jusqu'au sommet. Chose impensable à ce stade, car, selon les estimations, il ressort que toutes ces institutions, la présidence, le sénat, l'Assemblée nationale, 65 ministères entre autres, auront besoin de 8,87 milliards de dollars américains du trésor public pour fonctionner jusqu'à la fin de ce quinquennat. Ce, en raison de 1, 774 milliards par an et 147 millions le mois (source :actualité.cd). Somme que le pays n'est pas sûr de réunir en une année. Même-si, il y parvenait, il est irréfléchi et irresponsable d'allouer cette somme rien que pour ces institutions.   

Toutefois, le peuple d'abord. Espérons que tout ceci est fait pour le peuple à qui l'on a promis que c'est lui d'abord. Car, sachons qu'en son temps, le lider-maximo démissionnait s'il le fallait. 

Bahati KASINDI 
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