Société

Kinshasa : dialogue entre passagers d'un taxi bus sur le comportement des agents de circulation routière

Sous un soleil ardent en cette saison sèche, généralement fraîche, piétons, motos, voitures, camions ne se sont pas empêchés de prendre d'assaut l'un des principales artères de la ville de Kinshasa, le boulevard Lumumba ce samedi 04 juillet 2020.

Comme en temps normal, sans la Covid-19, la circulation est intense sur les routes de Kinshasa. L'entrée de la route Mokali à Tshangu n'en fait pas exception. Malgré les mesures restrictives édictées par les autorités depuis quelques semaines des suites de la crise sanitaire due à la Covid-19, les piétons, les motos, les voitures, les étalages de commerce sur le long du boulevard se confondent dans ce coin de Kinshasa.  

Pas besoin de rappeler qu'il y a fort besoin d'un régulateur de circulation. Donc, besoin d'un policier de circulation routière. Et comme par hasard, ils sont à leurs postes, mais on ne les sent pas. Ils sont visiblement occupés à autre chose. Un peu comme dans la théorie de deux bonbons. Les roulages sont là, mais ils ne sont pas là. Conséquence logique, chienlit totale couplée d'embouteillages interminables suite au non-respect du code de la route par certains. 

Sunrise RDC a engagé un débat dans ce sens via son reporter pour voir ce que les Kinois pensent du travail des policiers de la circulation routière et quelles solutions apporter pour mettre fin aux pratiques contraires à la loi dans lesquelles se livrent parfois ces agents. La scène se passe dans un taxi bus... Suivez ! 


Faut-il compter sur les roulages ?

Alors qu'on attend d'eux un professionnalisme hors norme pour prévenir les embouteillages et les accidents, les policiers de circulation routière généralement appelés "roulages" par les Kinois se livrent à un tout autre spectacle. Bâtons ou pinces à la main, sifflet aux lèvres, casques métalliques aux couleurs nationales à la tête, gilets oranges ou jaunes au-dessus de l'uniforme bleu foncée, ces agents de l'ordre sont généralement ceux qui occasionnent la chienlit qui s'observe sur les routes de Kinshasa.

"On les voit se disputer des volants avec des chauffeurs, sauter sur des conducteurs des motos taxis, menacer des conducteurs au risque de les faire commettre des accidents et bien d'autres pratiques contraires à ce qui est recommandé par la loi. Ce, au lieu de gérer les véhicules pour réduire les bouchons interminables que connaît la ville depuis la naissance presque partout des chantiers de sauts-de-mouton", se plaint le conducteur du taxi bus dans lequel nous sommes à bord en provenance du marché de la Liberté vers Kingasani ya Suka dans le district de Tshangu à l'Est de Kinshasa. 

D'aucuns se demandent si c'est à cela que consiste le travail de policier de circulation routière. " Et pourtant, on voit de plus en plus des policiers se faire réprimander sévèrement par leurs autorités pour ce genre des pratiques. L'exemple le plus récent vient de se produire il y a quelques jours. Un policier menaçant un conducteur sans le moindre professionnalisme a été filmé par les passagers d'un autre véhicule privé. Ces images ont circulé sur la toile. Le policier a été retrouvé, arrêté, jugé et condamné à trois ans de prison ferme par le tribunal militaire de garnison de Kinshasa Gombe", a rappelé un autre passager dans le même taxi-bus.

Personne ne veut tirer de leçon de cet événement récent. Ces agents continuent de se lancer dans ces pratiques à caractère infractionnel", poursuit une dame juste à côté.

"Les infractions disparaissent quand les chauffeurs leur donnent de l'argent après les avoir intensément importunés. Ils deviennent alors larges et laissent les embouteillages prendre des proportions difficiles à gérer", avance un autre passager, visiblement étudiant. 

Il est donc clair que les policiers viennent à la chasse et chaque butin est partagé par toute la meute", rétorque un de ses voisins, un peu plus vieux. 


Ce qui est révoltant est que ces frais, prétendus être des amendes, n'arrivent jamais à destination : la caisse de l'État. Ils finissent plutôt dans les poches d'eux-mêmes les agents de la circulation routière" poursuit-il.

Le dernier à réagir à cette conversation était un adulte visiblement la quarantaine. Il était également passager dans le même taxi-bus et occupait le siège du fond. " Je propose la création d'un service spécial de suivi et de contrôle des roulages pour éviter ces dérives et l'autorisation de filmer les bavures de ces derniers afin de les exposer à la place publique"

Ce dernier intervenant ne cache pas son souci de voir également une amélioration réelle de l'enveloppe salariale des policiers et militaires, car à son avis, ces pratiques médiocres ont pour cause majeure le traitement précaire des policiers et agents de l'ordre. "Ventre affamé n'a point d'oreilles" a-t-il renchéri.

Propos recueillis par Jordy Tshimuanga 

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