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RDC : le silence du Gouvernement sur le massacre de 220 personnes à Kipupu inquiète

C’est depuis le 17 juillet dernier que des voix s’élèvent pour dénoncer le massacre de plus de 200 personnes tuées à l’Est de la République démocratique du Congo sous un silence éloquent des autorités gouvernementales.

Ces incidents se sont produits à Kipupu dans le secteur d’Itombwe en territoire de Mwenga dans la Province du Sud-Kivu. Plusieurs sources à savoir les notables de cette province, le caucus des députés du Sud-Kivu, les organismes de droit de l’homme, des personnalités politiques dont le Prix Nobel Dénis Mukwege et Martin Fayulu, l'une des grandes figures de l'opposition ont rapporté ce meurtre d’environ 220 civils Congolais aux côtés desquels on dénombre plusieurs personnes portées disparues et des centaines de maisons incendiées.

Tous, ont déploré ce massacre qui est loin d’être le premier perpétré dans ce coin de la RDC. Pour sa part le Docteur Mukwege prix Nobel et célèbre médecin gynécologue qui prend en charge les femmes victimes des violences sexuelles, a indiqué sur son compte Twitter que pour lui, ces massacres ont pour auteurs les mêmes qui sévissent à l’Est depuis plus de deux décennies. 


« Ce sont les mêmes qui continuent à nous tuer. Les comptes macabres de Kipupu sont dans la ligne droite des massacres qui frappent la RDC depuis 1996 », a-t-il écrit.

Après lui, c’était le candidat à la présidentielle de 2018 Martin Fayulu. Depuis les Etats-Unis où il se trouve, il a exigé une enquête internationale pour élucider les circonstances de cette énième barbarie contre la RDC et sa population. Mais aussi pour mettre les responsables face à la justice.

« Massacre de plus de 200 personnes perpétré à Kipupu au Sud Kivu : mes compatriotes sont abandonnés à leur triste sort à cause du manque de leadership dans le pays. Une enquête internationale doit impérativement être diligentée », fait-il savoir via son compte Twitter.


Côté Gouvernement, la situation sur l’ensemble du territoire est restée calme comme l’a signifié le vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur, sécurité et affaires coutumières à la 41è réunion du Conseil des ministres tenue vendredi 24 juillet dernier soit une semaine après ce massacre. Pour cet œil et bras du Gouvernement en manière de sécurité nationale, la seule nouvelle était « l’accueil favorable par la population des récentes nominations au sein de l’armée. Dans la partie Est, à part le phénomène Kidnapping, que le Gouvernement s’attèle à résoudre, rien d’inquiétant n’était à signalé », lit-on dans le compte-rendu de cette réunion interministérielle hebdomadaire que dirige le président de la République en personne sauf en cas d’empêchement.  

La seule attention côté officiels est venue de la présidente de l’Assemblée nationale lors de son discours de clôture de la session parlementaire de mars, le 22 juillet dernier. Malgré la confirmation des élus de cette contrée, Jeanine Mabunda a préféré tirer l’attention du gouvernement en émettant des réserves sur le nombre avancé de 220 morts. « La présente session s’achève dans un contexte particulier sur le plan sécuritaire avec la résurgence des tensions multiformes, notamment avec l’alarmante nouvelle à vérifier d’un massacre de près de 220 personnes sur les Haut Plateaux de Fizi-Mwenga-Uvira dans la nuit du 16 au 17 juillet dernier, les violences récurrentes dans les territoires de Aru, Djugu, Mambasa, Irumu et Mahagi en Ituri et dans le territoire de Beni au Nord-Kivu », déclarait-elle devant l’Assemblée nationale tout en réaffirmant au nom du parlement, son engagement à ne ménager aucun effort, dans la mesure de ses prérogatives, pour venir à bout de cette situation malheureuse qu’ils traversent. 

BILAN INCONNU, LE GOUVERNEMENT INSOUCIANT 

En dépit du tollé qui a suivi les réactions de ces personnalités, des mouvements citoyens, des médias et d’autres anonymes, le Gouvernement est resté silencieux. Le Gouvernement provincial a pour sa part émis un bilan imprécis d’une dizaine de morts avant de promettre de diligenter une mission à Kipupu dans un proche à venir. 

C’est aussi ce qu’a promis la mission onusienne. "Il est difficile d’avancer des chiffres vérifiés sur le nombre des victimes de l’attaque entre milices armées, dans une localité où la Monusco et l’armée congolaise ne sont pas présentes", a précisé la mission onusienne relayée par ACTUALITECD en annonçant qu’elle allait "dépêcher une équipe ".


À ce jour, deux semaines environs, aucune mission n’est jusque-là dépêchée dans cette localité du Sud-Kivu. Ce, au grand dam de la population locale qui ne sait pas à quel saint se vouer. On observe que des initiatives des notables locaux pour compatir avec les familles des disparus. La dernière initiative est celle des autorités coutumières du territoire de Fizi et du secteur d’Itombwe (territoire de Mwenga) qui avaient décrété deux jours de deuil. 

Malgré cette cacophonie sur le nombre exact des morts, le Gouvernement est resté sans mot. Là où certains estiment qu’il est à ce jour, difficile de prouver les chiffres avancés de 220 morts en entretenant une polemique, le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (Lucha) tranche : « Le meurtre d’un seul Congolais est déjà un meurtre de trop. Que ce soit 2 personnes ou 200 tuées à Kipupu à la mi-juillet, l’émotion qui se répand est légitime. Cela dit, relayer des chiffres non vérifiés ou faire l’impasse sur le contexte complexe de ces violences est maladroit », fait-elle savoir sur son compte Twitter.

L’opinion se demande si la nouvelle n’est toujours pas arrivée dans les murs de la présidence de la République. Ils ont raison de le demander puisque « la paix » est l’une des promesses qu’avait faites le pouvoir en place lors de la campagne en décembre 2018. 

Bahati Kasindi

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