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Culture : les musiciens congolais entre le marteau, les combattants et l'enclume, le gouvernement (Tribune de Bahati Kasindi)

L'actualité musicale en République démocratique du Congo est marquée par le déferlement des autorités de l'audiovisuel ayant en charge la censure sur le chanteur Le Karmapa pour son titre Mama Yemo.

Depuis près d'une semaine déjà, ce son qui brosse l'état piteux dans lequel se trouve actuellement l'hôpital général de Kinshasa communément appelé " Mama Yemo", est interdit de toute diffusion publique par l'autorité de la censure. Encore, l'artiste était sommé de payer des amendes allant de 1000 à près de 3000 dollars américains. 

Des obligations auxquelles Le Karmapa n'a pas manqué de s'acquitter mais qui a tout de même soulevé les mouvements des culturels et autres mélomanes. Selon, eux, l'auteur n'a joué que son rôle d'éducateur de masse et bien-sûr de lanceur d'alerte.

La chanson  choque qui? Pourquoi ? A quel niveau ? On ne sait pas. 

Il n'échappe à personne que nos hôpitaux, au-delà de leur état, le service qu'ils offrent ne donne aucune garantie. La preuve, toutes les autorités et leurs familles préfèrent se faire soigner en Europe et ailleurs car ils ne font pas confiance à notre système de santé. Si un artiste musicien interpelle les dirigeants sur ce cas, il doit en principe être entendu au lieu d'être réprimé. 

Le pire dans cette chronique est que la musique vient de faire une fois de plus l'objet d'un acharnement. Cette fois-ci venant de l'intérieur. Si les musiciens congolais ont été plusieurs fois rabroués par leurs compatriotes de la Diaspora qui se font appeler des combattants, c'est parcequ'ils leur reprochent de contribuer à la dépravation des mœurs de la population par le contenu de leurs chansons. Les combattants estiment que les musiciens congolais ne chantent que l'amour au pire la distraction et les antivaleurs tout en entretenant des inégalités. 

Voilà qu'aujourd'hui, Le Karmapa se permet de tirer l'attention des autorités sur une question d'intérêt général mais se retrouve réprimé. Il est pourtant de notoriété publique que l'artiste ne peut avoir le même langage que le politique, les manifestants et autres défenseurs des causes. Son langage c'est son art. Là où le journaliste dénonce, l'écrivain écrit, le juriste défend, le médecin traite, le musicien lui chante. Ce qui revient à dire que cet artiste musicien n'a fait que ce qu'il pouvait faire. Aux autorités de faire le reste. Surtout en cette période pendant la quelle la covid-19 a mis à nu tous les maux qui rongent notre société. Le système de santé n'étant pas en reste. 

Personnellement, je pense qu'imposer le silence à Le Karmapa est tout simplement un acte dictatorial qui annihile les efforts du Chef de l'État à instaurer un Etat de droit. Si l'on lui refuse de chanter les problèmes sociaux, que veut-on qu'il chante ? Bolingo nanga ? Mwasi nanga ? Je crois que chacun a sa réponse.

Bahati Kasindi 

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