Editorial

Quand les Africains souillent la mémoire de leurs propres héros

Il s'observe ces derniers jours un challenge très viral qui met en avant des visages de plusieurs personnes de peau noire sur lesquels les internautes collent des légendes à caractère moqueur et à la limite de l'immoralité.

Un réel challenge qui a, avant tout, vocation à amuser la galerie. Ça, il faut le reconnaître. Mais ma réflexion est intervenue au niveau où ces personnes dont on ignore les réalisations et existence se voient coller une histoire qui souille leur mémoire individuelle et collective africaine. Je le pense ainsi en tout cas. Car sans le savoir, c'est notre histoire que nous altérons, dénaturons, modifions. Déjà, nous nous plaignons de n'avoir aucune ou soit pas assez de documentations sur notre antérité. Comme l'avait regretté l'influenceur Jos Berry Mata "après s'être amusé avec les avatars, nous voilà sur les ancêtres. Quel peuple ?". 

Nous ne savons pas vraiment grand chose sur notre passé. Mais voilà qu'aujourd'hui. Nous contribuons à effacer le peu de notre propre histoire qu'il nous reste à savoir. Encore davantage. Par le souci de vouloir amuser la galerie tout simplement. Et si nous pensions à vouloir comprendre et sortir au grand jour les grandes réalisations de ces personnes ? Car j'estime qu'à ces époques, être photographié, était quelque chose d'extraordinaire. Cela veut dire qu'ils sortaient de l'ordinaire, ils étaient socialement significatifs, etc. 

Nos enfants et petits enfants tomberont sur ces publications demain ou après demain. A-t-on pensé un seul instant à ce qu'ils trouveront comme information ? Pour eux, qui seront ces ancêtres dont la plupart me semblent avoir une histoire qui mérite d'être connue ? N'est-ce pas à leurs yeux des vulgaires personnes quand les autres parlerons de Voltaire, Shakespeare, Sun Tzu, Bouddha, Lao Tseu, Neil Armstrong, Albert Einstein, Nicephore Nieppe, Alexandre le Grand, Aristote ?

Il n'y a que nous-même qui pouvons raconter notre histoire de la plus belle des manières. Le blanc ne le fera pas à notre place. 

Sur Internet, les traces restent indélébiles. Quelle version de notre histoire voulons-nous léguer à notre postérité ? 


Bahati Kasindi

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